The New Legend

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 Le Livre d'Uuloïn

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Lonšu
Défenseur des Droits des Galvanas


Nombre de messages: 171
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Localisation: Lharcysia (Madrid IRL)
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MessageSujet: Le Livre d'Uuloïn   Mer 24 Juin - 21:11

La Naissance de Lonšu



<< Je t'en prie n'y vas pas, pense à notre enfant !
_ Je dois protéger la tribu dans laquelle il grandira. >>


Ayant prononcé ces mots, Kaašu sorti hors de la hutte sans se retourner, laissant son épouse à l'intérieur. Elle accoucherait sous peu de leur premier enfant. Malheureusement, les créatures démoniaques se répandaient à une vitesse fulgurante, et la guerre, la quatrième de l'Histoire, avait atteint les landes où les Galvanas avaient été exilés, et leur enfant risquait de naître au pire moment. Combien de printemps connaîtrait-il ?
Kaašu et les autres hommes en âge de combattre de la tribu d'Uuloïn avaient saisi leurs armes. D'après l'éclaireur, un bataillon de gobelins avait établi son campement à un peu moins d'une lieue du leur. Ils attaqueraient de nuit sans doute, c'étaient des créatures fourbes. Seulement, ils seraient attendus.
Le soleil déclinait le long de la voûte céleste. Les derniers rayons qu'il jeta par-dessus l'horizon étaient rouge sang, comme pour annoncer la violence de la nuit à venir. Le nom d'Uuloïn aurait-il encore une signification à l'aube ?

Le silence s'installa. Les hommes étaient tapis dans l'ombre, prêts à en découdre. L'acier de leurs lames était encore immaculé, mais bientôt, ils le savaient, le sang sale des gobelins ruisselleraient. On ne savait pas combien ils seraient, mais l'éclaireur était formel, leur nombre dépassait de très loin la population du clan.
Les minutes passèrent, puis les heures. Les ténèbres s'installaient, la température de l'air chutait, et le vent s'arrêta de souffler. La tension était palpable. Les hommes, toujours aussi concentrés, suaient à grosses gouttes malgré leur immobilité. Et toujours rien à l'horizon, ça devenait inquiétant...

Un hurlement de douleur tua le silence derrière eux...

Les gobelins étaient là, mais ils avaient réussi à les contourner, et s'en prenaient aux femmes et aux enfants.
Kaašu était perplexe, désemparé:

<< Non, ce n'est pas possible, la stratégie était parfaite, ils ne peuvent pas avoir réussi à nous éviter d'eux-mêmes. >>

Il ne s'agissait plus de tactique maintenant, mais d'urgence. Les hommes se ruèrent sur leurs trop nombreux adversaires et les frappèrent avec rage. Un sang immonde commença alors à empoisonner la terre. Le sol fut petit à petit recouvert d'infâmes cadavres brun-vert. Comme tous les autres hommes du clan, Kaašu tranchaient ses ennemis sans penser à rien d'autre que d'en tuer toujours plus. Il les voyait tomber sous ses coups les uns après les autres, mais on aurait dit qu'il y en avait toujours plus, que leur effectif n'avait pas de limites.
Les heures passèrent, les combattants commençaient à fatiguer, leurs corps étaient marqués par les coups de dagues et les morsures qui avaient réussi à déjouer leur vigilance, et certains d'entre eux avaient même succombé. Cependant leur moral et leur envie de vaincre, de protéger ceux qu'ils aimaient, étaient toujours aussi forts, si ce n'est plus encore.
Un détail attira l'œil de Kaašu: Luvky, le tisserand, était entouré de gobelins, mais ceux-ci ne semblaient pas chercher à s'en prendre à lui, et lui ne combattait pas. Cependant, il était trop éloigné de Kaašu pour que celui-ci puisse lui parler, et il continua son combat.

Finalement, voyant que la tâche était plus difficile que prévu, les couards gobelins qui avaient survécu désertèrent le champ de bataille et disparurent derrière l'horizon. Alors que les hommes encore debout faisaient les comptes et tentaient de guérir les blessures, Kaašu se précipita sur Luvky et le frappa à mains nues pour lui faire plier genou à terre:

<< Traître, pourquoi nous as-tu vendu ?
_ Mais de quoi parles-tu Kaašu, es-tu devenu fou ?
_ Tu t'es allié aux gobelins, je t'ai vu pendant le combat. S'ils ont réussi à nous surprendre, c'est avec tes conseils; j'en suis sûr maintenant. Expliques-toi ou je te tues sur le champ !
_ Je me repends... Mais regarde la vérité en face Kaašu, ce n'était qu'une avant-garde, on n'a aucune chance contre eux. Il faut s'allier avec eux si on ne veut pas mourir. Ils gagneront quoiqu'il arr... >>


Il ne put jamais finir sa phrase. Emporté par la colère et la haine, Kaašu venait de lui trancher la gorge. Et à l'instant même où la tête du traître toucha le sol, un cri retenti au loin. Dans la hutte, son enfant venait de naître....
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Lonšu
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MessageSujet: Re: Le Livre d'Uuloïn   Ven 26 Juin - 11:44

Père et Fils



Le onzième printemps de Lonšu fut probablement le pire qu'il eut jamais dût affronter. La guerre qui n'avait que très peu concerné la tribu ces dernières années réapparu brutalement dans leurs vies. Cela s'expliquait sans doute par la cuisante défaite que les créatures envahissantes avaient essuyée face aux Beligans. Une partie d'entre elles avaient alors pris le pari de contourner le territoire Beligan au nord et de les attaquer ensuite à revers par l'est. On ne sait pas trop comment elles s'étaient frayé un chemin, mais elles se retrouvèrent dans les Landes Abandonnées et se montrèrent d'une incroyable agressivité envers les tribus Galvanas qu'elles croisaient.
La tribu d'Uuloïn avait eu à faire à eux. Ils les avaient repoussés, mais ne s'en étaient pas sortis indemnes. Leurs réserves de provisions avaient été complètement détruites et de nombreuses pertes furent à déplorer. De plus, une épidémie de fièvre s'était abattue sur une partie des survivants. Parmi eux, la mère de Lonšu.
Sa descente fut extrêmement rapide. Il n'y eut guère plus de quatre jours de symptômes. Lorsqu'elle poussa son dernier souffle, Kaašu et Lonšu étaient dans la hutte à ses côtés. Au cours des quatre jours de maladie de son épouse, Kaašu semblait avoir vieilli d'une dizaine d'années. Les courbes jusque-là si lisses de son visages furent marquées par de profondes rides, sa longue chevelure noire vira au gris, et ses épaules s'affaissèrent, comme si sa vigueur presque légendaire l'avait soudainement quitté.
Lonšu ne versa aucune larme, mais son visage exprimait une infinie tristesse. Du haut de ses onze ans, il avait du mal à interpréter ce qu'il était en train de vivre.

<< Papa. Est-ce qu'elle se réveillera Maman ?
_ Non. Elle va dormir pour toujours maintenant.
_ Alors elle est morte... Je ne pourrais plus lui parler ?
_ Je ne sais pas, je ne sais pas ce qu'il y a après la mort. Personne ne peut le savoir avant d'avoir passé le cap. Peut-être qu'un jour, on la rejoindra.
_ Mais vous avez le même âge pourtant. Comment ça se fait qu'elle est morte et pas toi ?
_ Parce que... la vie est injuste c'est tout. On est né presque en même temps, on s'est marié, on a vécu ensemble, et maintenant on est séparé. C'est injuste... >>


Lonšu hésita avant de répondre. Il ne savait pas s'il fallait continuer. Son père lui répondait sans le regarder, ses yeux scrutaient le vide, et le petit garçon hésitait à se placer en face de lui, car il avait trop peur de ce qu'il pourrait trouver dans son regard.
Cependant, une question le tracassait depuis plusieurs jours déjà, et comme la conversation, aussi sinistre soit-elle, était lancée, il s'y risqua:

<< Mais comment ça se fait que tu as le même âge que Maman, alors que Hugaar qui est aussi vieux que toi, va se marier avec Žayyah qui a mon âge? C'est bizarre...
_ Oui, c'est bizarre. Mais Hugaar est le chef de la tribu, et personne ne peut s'opposer à ses décisions, même bizarres.
_ Mais je pourrais encore jouer avec Žayyah quand elle sera mariée ?
_ Je ne sais pas, peut-être. Mais connaissant Hugaar, j'ai bien peur que ça ne soit difficile...>>
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Lonšu
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MessageSujet: Re: Le Livre d'Uuloïn   Mar 30 Juin - 17:30

Žayyah



<< Non Lonšu, tu es complètement fou. Pars maintenant, sinon il va te trouver.
_ Eh oui je suis fou, complètement fou de toi Žayyah !
_ Je sais, et c'est réciproque. Je t'aime. >>


La jeune femme du chef déposa un dernier baiser sur les lèvres de son amant, et celui-ci sortit discrètement de la hutte.
Tous deux avaient actuellement 21 ans, et leur relation secrète durait depuis deux ans. À l'époque, c'était Lonšu qui avait fait le premier pas en entrant dans la hutte de celle qui était jadis sa meilleure amie. Depuis qu'elle avait été mariée contre son gré au chef de la tribu, l'impopulaire Hugaar, elle avait passé quasiment toute sa vie enfermée dans sa nouvelle demeure, et s'était retrouvée isolée du reste du clan. Quand Lonšu s'était risqué à la rejoindre, ils étaient littéralement tombés dans les bras l'un de l'autre. Les saisons passées séparés avaient fait que leur amitié s'était transformée en un sentiment qu'ils ne pouvaient pas connaître quand ils n'étaient encore que des enfants.
Il était déjà assez tard quand il se retrouva hors de la hutte. Les hommes de la tribu rentrait de la chasse. Hugaar qui passait par là s'adressa à lui:

<< Alors, tu viendras avec nous la prochaine fois ?
_ Oui, le guérisseur m'a donné son accord. Ma cheville sera presque comme neuve. >>

Il n'avait laissé transparaître aucune sorte de malaise en répondant à celui qui était cocu par sa faute. En plus il lui mentait, il avait simulé une blessure à la cheville pour pouvoir passer toute la journée avec celle qu'il aimait, mais il ne souffrait en rien.

Le lendemain devait être une bien morne journée. C'était jour de repos pour Hugaar. Non seulement Lonšu ne pourrait pas voir sa bien-aimée, mais il devrait en plus supporter de la savoir soumise à son horrible époux.
Il passa toute la journée à s'entraîner au combat. De son épée, il tailla des rondins de bois avec une rage hors du commun. Il imaginait qu'il avait en face de lui le chef de sa tribu, et dépensait sans compter son énergie pour lui fracasser le crâne.
<< Je le hais ! >>
Il laissa ensuite son épée sur le sol et alla s'entraîner à soulever d'énormes rochers, qu'il projetait ensuite contre le sol. La sueur collait ses cheveux longs et ses muscles commençaient à brûler. C'étaient là tous les ingrédients d'un entraînement efficace. Seule la haine semblait en mesure de lui permettre d'exprimer ainsi tout son potentiel.

<< Lonšu, mon cœur, il faut que je te parle. >>
En entendant la voix de sa douce, son pouls accéléra violemment. Il se retourna, elle était en face de lui.

<< Tu as put sortir ?
_ Hugaar ne le sait pas, il est parti faire un tour. Je n'ai pas trop de temps, mais il fallait que je te vois. >>


Elle s'approcha de lui, et joignit ses mains aux siennes. Leurs regards énamourés se fixèrent, plongés l'un dans l'autre.

<< J'attends un enfant de toi. >>

Lonšu resta un instant bouche bée après cette révélation. Il ne savait pas s'il devait être heureux de cette nouvelle. Puis soudain un doute vint l'assaillir. Il demanda alors d'une voix légèrement tremblante:

<< Mais... comment sais-tu qu'il est de moi? Après tout, c'est Hugaar ton époux.
_ Je sais, mais Hugaar ne peut pas être le père. Il essaye souvent, mais il n'y arrive pas... physiquement... Tu es donc le seul à pouvoir être son père, et je suis vraiment heureuse d'avoir un enfant de toi. Même si je sais qu'on ne pourra pas l'élever ensemble. >>


Elle éclata en sanglots. Lonšu la tira contre lui et la serra doucement dans ses bras. Ayant repris son souffle elle ajouta:

<< J'aurais tellement aimé avoir une vie normale. Pourquoi m'a-t-il épousé? C'est tellement injuste, on ne méritait pas ça. Je prie chaque jour tous les dieux que notre enfant soit un garçon, afin qu'il devienne le prochain chef de la tribu. Ce serait une belle revanche non ? >>

Ils s'embrassèrent passionnément. Hélas, leur baiser fut interrompu par une voix sinistrement familière: celle d'Hugaar...
Et il n'était pas seul. Apparemment, il avait dut les surprendre déjà un peu plus tôt vu qu'il avait amené avec lui sa garde personnelle:

<< Lonšu, sale traître, je te bannis. Disparais de cette tribu si tu ne veux pas être abattu sur le champ ! >>

Lonšu désemparé regarda Žayyah droit dans les yeux. Il ne voulait pas la quitter, il l'aimait tant. En larmes, elle lui dit doucement:

<< Je t'en prie mon amour, vas-t'en, je ne supporterais pas de te voir mourir. Je dirais à notre enfant qui est son père, je te le jure ! >>

Lonšu ramassa son épée, mais les gardes étaient déjà sur lui:

<< Hugaar espèce de lâche, pourquoi ne m'affrontes-tu pas d'homme à homme, comme le feraient tous les braves ? >>

D'un coup d'épée rapide, il blessa sévèrement un des gardes qui l'encerclaient, ce qui lui permit de s'enfuir.

<< Désolé Galtar, mais tu m'y a onbigé, dit-il à l'homme gisant à terre. Žayyah, je t'aimerais pour toujours. >>

Puis il disparut au loin, dans les landes désertes, le cœur lourd.
<< Un jour je reviendrais, et j'espère pour toi que tu seras déjà mort, Hugaar... >>
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